Education, Emotions de parents

Enfants ou vitrines de leurs parents?

Cet article ne vient pas d’un jugement de ma part, mais d’un questionnement véritable sur les attendus que nous projetons sur nos enfants. Mon interrogation est née suite à une expérience personnelle…

J’essaie, depuis quelques mois, d’accompagner mon aîné, qui est en grande section, dans son apprentissage de la lecture. Une ou deux fois par semaine, nous travaillons les lettres, l’écriture, la phonologie, 15 à 20 mns maximum. Malgré un début très progressif, Antoine a commencé à se prendre au jeu et les progrès sont notables.

J’en parlais avec mon conjoint, fière de son évolution. Il m’a répondu que c’était super, mais qu’après tout, la plus en demande et la plus fière des deux, c’était finalement moi. Parce qu’Antoine n’avait rien demandé.

Hum. Pas faux. Je me suis alors posée la question de pourquoi est-ce que je souhaitais tant que mon fils apprenne tant à lire avant le CP.

Parce que j’ai du temps maintenant à lui consacrer, alors autant en profiter pour l’accompagner ?

Parce que moi même j’ai appris à lire avec ma mère avant le CP?

Parce que ça l’aidera pour la suite?

Et puis j’ai réalisé que bien que tout ces arguments me paraissent réels, ce sont malgré tout des mauvaises réponses. Je l’ai fait pour moi, parce que j’avais envie d’apprendre à lire à mon enfant. Peut-être pas pour être la « mum of the year » (quoi que?), mais pour avoir ce souvenir à raconter, lui dire qu’il avait appris à lire avec sa maman.

Et plus globalement, cela m’a fait réfléchir sur ce que l’on attend au quotidien de nos enfants :

– Etre obéissants

– Etre propres

– Ne pas être agressifs, favoriser le dialogue

– Manger de tout

– Bien travailler à l’école

– Ranger leur chambre

– Ne pas passer des heures devant des dessins animés

–  Jouer à des jeux « intelligents » (ne pas s’abrutir devant des jeux vidéos et favoriser des apprentissages ludiques)

 

Bref, on admettra que cette checklist complète, aucun de nous, pourtant adultes et parfois parents, ne la respectons tous les jours…

Il y a même des jours où j’ai la flemme au boulot, je ne lave pas ma vaisselle, je râle contre mon conjoint, je bâfre un macdo en regardant des épisodes en boucle sur netflix.

Et j’ai réalisé que même si au quotidien, je n’ai pas l’impression d’attendre trop de mes enfants… Peut-être que je devrais lâcher du lest.

Nos enfants sont stimulés et évalués à l’école, en collectivité toute la journée, rentrent de l’école épuisés. Ils apprennent déjà tellement au quotidien, académiquement bien sûr, mais sur la vie, les rapports humaines également, la complexité des émotions.

Nous vivons en plus dans une société de la performance, dans laquelle il est attendu que nous soyons le meilleur, que nous donnions le maximum, que nous soyons au top de notre forme / de notre performance / de notre beauté. A chaque instant. Un monde dans lequel si l’on est pas astronaute avec une rolex à 3 ans et demis… on a raté sa vie. Et surtout un monde dans lequel les enfants peuvent se transformer en vitrine de leur parent (mon enfant est précoce, mon enfant a appris à lire à 3 ans, mon enfant sait compter jusqu’à 48 à 4 ans…) et dans lequel les parents se comparent les uns aux autres. Nos enfants doivent alors incarner le top du top, afin que nous soyons considéré comme des parents « successful ».

Alors, avec tout ça, même involontairement, je crains de mettre trop de pression à mes enfants.

Peut-être que quand mon fils décide de faire pipi dans la brouette (sisi c’est arrivé) et de repatouiller dedans (oui, c’est encore arrivé), je ne devrais pas m’énerver et simplement lui expliquer pourquoi ce n’est pas très propre. Voire même lui laisser faire ses expériences (dégueulasses ok, mais expériences quand même). Même si la société verrait d’un oeil plus que sceptique tout cela et dirait que mes enfants sont mal éduqués.

Peut-être que quand il est épuisé et râle pour manger, je ne devrais pas refuser de l’aider « parce qu’il est grand, à presque 6 ans il sait manger tout seul » et lui filer un coup de main, parce qu’on a tous des coups de moins bien. Même si le fils de ma copine mange parfaitement tout seul à 3 ans.

Peut-être que je ne devrais pas me désespérer de les voir faire des caprices au milieu du supermarché. Parce qu’après tout ça fait partie de leur développement, c’est l’une des étapes permettant de construire leur personnalité propre… Et qu’on a jamais vu un adulte de 25 ans se rouler par terre au milieu du rayon fruit et légumes parce qu’il n’y a plus de fraises (en tout cas, moi non). Sans pour autant accepter le caprice, il me suffirait sûrement d’être ferme  et claire… Pas en colère. Et que sur ce point j’en suis sûre : tous les parents sont logés à la même enseigne.

Grandir, ça prend du temps. Et grandir sans pression, c’est grandir sereinement. Mes enfants auront bien le temps de devenir responsables, sages, propres et cultivés.

Aujourd’hui, j’aimerais juste qu’ils se sentent libres et curieux. Libres de se salir en jouant dans le jardin et de courir en criant « Yaaaaaaaaaaaaaaaaaah », avec un tomawak dans une main et un produit à bulles à moitié renversé dans l’autre. Et tant pis pour les voisins, ceux qui veulent être des parents parfaits et la société !

Qu’ils aient l’envie de me poser des questions sur les fourmis, ou comment les vaches font du lait, ou pourquoi le ciel est bleu. Bref, des enfants, et pas des mini adultes.

Et les cahiers de vacances, les livres montessori et leçons de calcul peuvent sûrement attendre encore un peu…

You may also like...

2 Comments

  1. On ne peut pas mener la guerre sur tous les fronts. Il faut choisir ses batailles ! Tu noteras le champ lexical guerrier ! 🙂 Tout est une question de priorité. Et ne pas lâcher sur les points qui nous semblent essentiels. Nous, c’est la politesse et les résultats scolaires. Parce que la politesse, le savoir vivre et le savoir être sont des passeports pour la vie en société, à tous les niveaux, et que les résultats scolaires seront le sésame pour son avenir professionnel.

    1. Les Co'Mères says:

      En effet, il faut choisir ce qui nous tient ) coeur dans l’éducation de nos enfants… En gardant toujours en tête ce qui a de l’importance pour nous, pour leur avenir, et en essayant de ne pas se laisser parasiter par ce que les autres aimeraient retrouver chez nos enfants… Pas toujours facile tout ça !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *