Grossesse

Le mythe de l’accouchement parfait

Cet article n’a aucune vocation médicale. Je ne suis ni infirmière, ni sage femme, ni médecin…

Je suis juste une maman ayant vécu trois accouchements, chacun différent, jamais comme prévu. Et j’avais envie d’échanger avec vous sur toutes les constructions mentales sur l’accouchement, tout l’imaginaire autour… De la crainte d’une douleur insurmontable, de l’appréhension de ne pas réussir à gérer, du moment surréaliste où on pose ton bébé dans tes bras…

Enceinte de 7 mois de mon premier enfant, je me souviens parfaitement m’être dit, angoissée comme tout : “punaise, maintenant qu’il est rentré, il va bien falloir qu’il sorte”. On s’imagine plein de choses sur son accouchement, comment on aimerait qu’il se passe, comment on pense qu’on va gérer (ou pas), comment on va meubler l’attente avec son conjoint…

Pour complexifier ton mélange d’émotions (merci le cocktail d’hormones), quand tu portes toi-même la vie, plein de femmes se sentent obligées de partager leur expérience avec toi… souvent de deux manières diamétralement opposée :

  • La maman réaliste, qui va te décrire ses 28h de travail sans péridurale / son épisiotomie / ses hémorroïdes / sa césarienne en urgence / son périnée aussi tonique qu’une vieille chaussette après l’accouchement (rayez la mention inutile) avec force de détails. Descriptions très imagées à l’appui (“regarde, quand tu es à 10 ça a cette taille là !!!!”). Tu termine la soirée avec une vague envie de fuir loin, très loin ou de boire la fin de la bouteille de vodka au goulot.
  • La maman licorne et paillettes, qui va te décrire le moment magique qu’elle a vécu, comment elle n’a pas ressenti la douleur, le bonheur avec lequel son mari a filmé l’accouchement de A à Z en gros plan (3h de travail, pas de péridurale, 3 poussées et zou !). Qui a encore des larmes dans les yeux et des trémolos dans la voix en décrivant comment elle a elle-même accompagné la sortie de son bébé et admiré son placenta (si si, je vous jure). Qui apparaît fraîche, rose et pas démaquillée sur les premières photos (alors que toi tu as des cernes de panda, les yeux injectés de sang et les cheveux en mode nid d’oiseau).

Si je devais être le plus honnête possible, je vous dirais que pour moi, le ressenti se situe à mi-chemin entre les deux. Entre parcours du combattant et émerveillement extraordinaire.

J’avais imaginé plein de choses, pour chaque accouchement, et j’ai à chaque fois été surprise.

  • Pour mon 1er accouchement
    • Ce que j’avais anticipé : j’étais dans l’inconnu, je stressais un peu en me demandant si je saurais gérer la douleur… Mais j’avais la conviction, au fond, de ne pas être une chochotte et que j’allais m’en sortir avec les honneurs. J’allais être une “super-pousseuse”, celle qui reçoit les félicitations du jury.
    • Ce qui est arrivé : début de travail assez rapide pour un premier, mais la péridurale ralentit l’évolution des choses. On me rompt la poche des eaux et là tout s’accélère : 10 mns après le bébé arrive, mais il a le cordon autour du cou, et c’est la panique. Je n’arrive plus à pousser, au bout de 40 mns je suis à bout de force, je suis à deux doigts de la césarienne d’urgence… Aidé de la ventouse, Antoine sort finalement, un peu dans les vappes de l’accouchement compliqué… Mais ouf, tout est bien qui finit bien.
  • Pour mon 2ème accouchement :
    • Ce que j’avais anticipé : Un peu échaudée par mon premier accouchement, je crains les complications que je n’envisageais même pas pour le premier. Je sais que mon travail ne sera pas long (travail rapide pour le 1er combiné à un risque d’accouchement prématuré), je me tiens prête. J’ai surtout peur de me retrouver seule avec l’aîné et de ne pas savoir quoi faire au moment où tout démarre.
    • Ce qui est arrivé : Je perds les eaux chez moi, je ne m’angoisse pas car le travail ne commence pas vraiment. Quand mon conjoint arrive 45 mns plus tard on prend la voiture et on se retrouve coincés dans les bouchons de la région parisienne. Et là, l’angoisse : contractions toutes les minutes, à l’arrêt dans les bouchons, submergée par les douleurs. Puis à 4 pattes dans la salle d’attente de la maternité (oui, comme les nanas de baby boom qu’on regarde à la télé en se disant “oh la pauvre!”). On m’examine à l’arrivée et le verdict tombe : pas de péridurale (WTF?!). Réaction immédiate : Déni. “ça ne va pas être possible. Non je ne pousse pas, c’est pas possible !” (Bon, je vous le fais en version moins vulgaire que le réel !). Et puis la nature reprend le dessus, je me remobilise, et Charles arrive, en pleine santé. Je l’ai fait, j’ai accouché sans péridurale, 2h après avoir perdu les eaux, et je suis super fière de moi. Les sages-femmes, mortes de rire, on fait des paris sur mon heure de perte des eaux et me disent de ne pas faire de 3ème au risque d’accoucher dans la voiture!
    • N’empêche, on était 8 mamans à accoucher en même temps, j’ai doublé tout le monde et j’ai eu la dernière chambre individuelle, ahah ! (oui, on se console comme on peut !).
  • Pour mon 3ème accouchement :
    • Ce que j’avais anticipé : Bon, plus de doute cette fois-ci, j’accouche vite. La péridurale, ça serait chouette, mais du coup j’y crois moyen. J’angoisse surtout sur un début de travail en pleine nuit avec les deux grands à gérer, ou à un moment où je suis seule avec eux. Ma visualisation de l’accouchement bloque là-dessus, c’est ma préoccupation principale. Bon ça et aussi, vaguement, la peur de me faire prendre de vitesse et d’accoucher sur le carrelage de ma cuisine avec Olivier qui coupe le cordon avec la paire de ciseaux qui sert pour la pizza…
    • Ce qui est arrivé : On est pas passés loin de l’accouchement dans la voiture, donc j’avais bien ciblé la problématique. Loi de Murphy oblige, le travail commence brutalement en fin de nuit, avec les deux grands à réveiller, habiller et déposer alors que je suis à 4 pattes dans le couloir, avec mon aîné qui croit partir en sortie scolaire et réclame ses bottes (moment surréaliste). 45 mns après le début du travail on arrive à la maternité, pile à temps : je perds les eaux en passant le seuil de la maternité et 15 mns après, Margaux est là. Vous l’avez compris, la péridurale c’était encore pas pour cette fois.

Tout ça pour vous dire qu’aucun de mes accouchements ne s’est vraiment passé comme je l’espérais. Que c’était angoissant pour les 3, de 3 manières différentes, et que pourtant, à l’instant où vous sentez votre enfant sortir de vous, toute cette angoisse s’envole et vous ressentez un soulagement, une plénitude, un bonheur indescriptible. La douleur est toujours gravée en votre mémoire (bah oui quand même, on vient de sortir un enfant et on n’a pas la mémoire d’un poisson rouge), mais que quelque part elle n’a plus réellement d’importance.

Alors on visualise toutes son “accouchement parfait” : rapide mais pas trop, la péridurale bien dosée pour certaines, l’accouchement naturel suivant nos plans pour d’autres, la musique en salle d’accouchement, la fusion pleine d’amour avec son conjoint, les yeux dans les yeux…

Moi par exemple, j’aurais bien aimé avoir le temps de rigoler avec Olivier dans la salle d’accouchement, après la péridurale (vous savez, celle qui enlève la douleur mais qui permet encore de sentir les contractions), en imaginant quelle tête aura bébé, en nous demandant s’il allait avoir des cheveux. De faire mes p’tits exercices sur un ballon pour accélérer le travail en ayant un massage aux lombaires de mon conjoint (bah quoi, on peut toujours rêver !). La réalité s’est avérée assez éloignée de l’imaginaire, mais finalement magique. Parce que c’est ça ce qui est beau : votre bébé pourrait trouver le moyen de vous surprendre dès son arrivée, de casser tous vos plans et de vous émerveiller.

Alors non, les choses ne se passeront sûrement pas comme vous l’avez imaginé. Parce que même si l’accouchement n’est finalement pas parfait (en tout cas pas conforme à vos plans), votre rencontre avec bébé a de fortes chances de l’être, elle.

Et vous, les “déjà parents”, comment vos enfants ont-ils réussi à déjouer vos plans d’accouchement?

 

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2 Comments

  1. Aa c est fou! De lire vos histoires… les miennes reviennent.. intactes.
    Premier accouchement : terme depassé d une semaine… on provoque.20h de “non-travail” qui se termine par une cezarienne en urgence. Et bien… je n ai absolument aucun regret ni… je ne sais quoi … de cette naissance completement assistee medicalement car.. comment dire… au bout de 20h on n attend qu une chose : qu il sorte!!!!!
    Et le moment ou ma fille est arrivee dans mes bras est absolument gravé. Je n avais jamais ressenti un tel amour!
    Deuxieme accouchement entierement “previsible” : cezarienne programmee… et oui aucune surprise semble-t-il… si ce n est que j ai eu une enorme panique en partant dans la salle d operation. Je precise que j avais fait une fausse-couche l annee precedente et que j ai du coup… commencé à paniquer en imaginant un enfant mort né. Le flippe bien glauque … Heureusement le super anesthesiste qui pratique l hypnose par ailleurs m a bien calmee et avec le gyneco ensemble… ils m ont tellement fait rire avec de stupides blagues que… cette operation me fait pleurer de rire chaque fois que j y repense. Mon fils est né et en tres bonne santé… Et a nouveau la rencontre a provoqué un énorme coup d amour. C est absolument impressionnant!
    Et oui tout le reste disparait plus ou moins de la mémoire. La douleur post-op… oui tout cela s estompe completement face a l enfant!

    1. Les Co'Mères says:

      Et oui c’est peut-être pas le plus fou : malgré la douleur, le stress, l’attente interminable, ce qui reste c’est simplement la rencontre incroyable avec son bébé ! C’est un peu magique en fait 🙂

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